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René
Arcos croquis de Berthold Mahn
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René
Arcos, poète et romancier est né dans
la banlieue parisienne à
Clichy-la-Garenne.
Il était
d’ascendance espagnole par son
père, bretonne par sa mère.
E
n1903, il publie son premier recueil
de poèmes "L’Ame essentielle "
et fait la connaissance un an plus
tard de Charles Vildrac et
Alexandre Mercereau; très peu de temps
après il sera présenté à Georges
Duhamel. Arcos qui travaille
alors comme dessinateur chez le père
d'Albert Gleizes, présente
au groupe Berthold Mahn.
C
'est en novembre 1906 qu'il découvrit
la propriété idéale de la rue du
Moulin, à Créteil, en compagnie de
Charles Vildrac et de son
épouse. Tous les trois furent séduits
par la beauté et la singularité du
site.
Mais en 1907, aux grandes espérances et
exaltations du poète, s'opposent ses
désillusions devant la dissolution de
cette communauté artistique et
fraternelle " l’Abbaye ", dont
il fit partie. Il aura des phrases
pleines d'amertume: " Si nous
écrivons un jour, l'histoire complète
de l'Abbaye, nous pourrons consacrer
tout un chapitre aux "
mi1lionnaires". Plusieurs
ont feint de s'intéresser à nous". Si
aucun d'eux ne nous a vraiment aidés
en quoi que ce soit, tous ont
réussi à nous soutirer quelque
chose.
Cependant, malgré la séparation des
" Amis ", Arcos, fidèle
à ses compagnons, continue à oeuvrer
dans l'esprit de l'Abbaye. En
1909, il loue avec Mercereau un
appartement, boulevard du Port-Royal;
ils y organisent tous deux des
réunions auxquelles assistent
artistes, écrivains, savants et hommes
politiques. Au cours de cette même
année, René Arcos effectuera une
tournée de conférences sur la jeune
poésie française, en Europe et au
Proche-Orient.
Comme nous pouvons le constater,
l'amitié et l'honneur demeurent pour
le poète des constantes essentielles
dans sa vie d'homme et
d'écrivain. La guerre y apportera
cependant des fêlures mais aussi un
indéfectible attachement à
Romain Rolland dont il va
découvrir la personnalité et aux côtés
duquel il s'engage. Il se fait bientôt
réformer, et accepte d'être le
correspondant de guerre (1914-1918) du
journal américain " The Chicago
Dally News", pour lequel il
passe de France en Italie, de Grèce en
Egypte, avant de s'établir en Suisse,
non point "au-dessus de la
mêlée ", comme ses détracteurs ont
pu l'écrire, mais au contraire
pour mieux la ressentir et en
dénoncer toutes les
souffrances.
En 1918, il fonde avec Frans Masereel,
les Editions du Sablier, à
Genève.
En 1923, en compagnie de son ami Romain
Rolland, il participe à la
création
de la revue "Europe" dont il
restera rédacteur en chef
jusqu'en 1940
.
Extrait de
"Patrie
européenne" dans le N°1 de la
revue "Europe" en février
1923 par René Arcos
Europe, artificiellement morcelée
en États qui se font et se défont sans
cesse au hasard des guerres ! Pas un
lambeau de territoire qui n'ait été
possédé tour à tour par vingt peuples
de langues et de races différentes ;
pas un fief qui n'ait changé cent et
mille fois de propriétaire. Mais
depuis des milliers d'années, sans
souci des déplacements de frontières,
les beaux fleuves ont continué de
parcourir les terres habitées. Les
montagnes ont pu maintes fois changer
de nom, leur structure est restée la
même. Les séparations que chaque
nouvelle guerre modifie et que les
derniers vainqueurs affectent toujours
de croire définitives, demeurent
arbitraires. L'Europe est la patrie
unique de la race indo-européenne.
Aucun des États dont elle est composée
n'est habité par un peuple entièrement
autochtone. En notre pays même tous
les sangs se sont mêlés : le celtique,
le germain, le romain, le normand.
Aucune des frontières qui séparent
actuellement les nations n'est
justifiée par des raisons valables.
Les nôtres sont impuissantes à nous
faire oublier, par exemple, qu'il y a
plus de différence entre un Breton et
un Marseillais qu'entre un homme de
Cologne et un de Nancy. Trente siècles
de civilisation ont fait l'Europe. Qui
donc pourrait définir exactement la
part d'honneur qui revient à chaque
peuple ? Quel clan oserait se dire
supérieur à tous les autres ?
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